Chapitre 2 : comment ça marche?

Se rencontrer… mais pas se couler…

Comme l’indique son titre, le chapitre 2 des RCV comprend les règles qui régissent les moments où les bateaux se rencontrent. La voile n’étant pas un sport de contact, le but de ces règles est que cette « rencontre » entre bateaux ne se termine pas par des dommages matériels ou corporels. Le risque de tels contacts est bien évidemment accru lorsque les bateaux, qui s’étalent sur le plan d’eau au cours des « bords » entre deux marques, convergent vers lesdites marques pour les contourner en recherchant la trajectoire optimale. On comprend également pourquoi le chapitre 2 constitue le fond de commerce du juge sur une épreuve de régates autour de trois bouées, avec un nombre de bateaux parfois considérable se croisant dans un espace réduit au départ ou autour des marques. Ce chapitre ne concerne en revanche quasiment aucune des réclamations d’une course au large… au-delà de la phase parfois très « chaude » du départ.

Le chapitre 2 clarifie donc les droits et obligations des uns et des autres lors de ces phases au « contact » (on devrait plutôt dire de « proximité »). Ces obligations s’articulent autour de notions clés et notamment, bien sûr, en premier lieu, de celle de « priorité », et donc de l’obligation, pour le non prioritaire, de se maintenir à l’écart. Mais, en second lieu, on attend également de chaque chaque marin, prioritaire ou non, qu’il évite la collision lorsque cela est possible. La cohabitation de ces 2 obligations en apparence contradictoire nécessite à elle seule une page dédiée, très prochainement mise en ligne.

Quatre sections qui se superposent et doivent cohabiter

Le chapitre 2 comprend quatre sections qui ont chacune une finalité bien particulière:

  • Section A « priorités » : la vision statique

Ce sont les règles qui permettent de déterminer qui est prioritaire. Lorsque 2 bateaux sont proches l’un de l’autre, avec un risque de contact, il est nécessaire de clarifier lequel a la priorité sur l’autre. Cette appréciation peut se faire via une « photographie » des 2 bateaux à un instant t, sans avoir besoin de connaitre l’historique de la situation. J’ai coutume de dire que la section A permet une approche « statique » des droits et devoirs.

  • Section B « limitations générales » : la vision dynamique

Une fois qu’on a défini qu’un bateau est prioritaire, il convient de fixer des limites aux droits conférés à ce bateau par la section A. Les règles du jeu ont par exemple voulu qu’il ne soit pas possible (en dehors du Match Race qui a ses règles propres) qu’un bateau prioritaire puisse « aller chercher » (on dit aussi « chasser ») un bateau non prioritaire, bref, le mette dans une situation où la faute devient inévitable pour le non prioritaire. C’est la section B, qui donne une vision « dynamique » des droits, qui contient ces règles limitant le pouvoir du bateau prioritaire… sans pour autant lui supprimer ses droits.

Lighthouse A un instant t, une (et une seule, sauf exception rare) règle de la section A s’applique (il n’y a qu’un seul bateau prioritaire) et peut cohabiter avec une ou plusieurs règles de la section B (le bateau prioritaire peut avoir à respecter une ou plusieurs limitations).

Exemple:

Exemple limitations

  • Section C « aux marques et obstacles » : quand ça se bouscule au portillon

Nous avons vu que la section A et la section B cohabitent… mais à proximité d’une marque (ou d’un obstacle), la section C peut également s’inviter au bal : à partir du moment où les conditions d’application de cette section C sont remplies (par exemple lorsque 2 bateaux se préparent à passer une marque), les droits et obligations conférés par l’une des règles de cette section vont se superposer à ceux donnés par les sections A et B, comme le montre le schéma suivant:

SectionsABC

A ce stade, une question clé se pose : comment va-t-on concilier les droits conférés par la section A (et parfois B) et la section C, lorsqu’ils sont contradictoires lors du passage d’une marque? C’est la RCV 21 « Exonération » qui fournit la réponse, en concluant, d’une certaine manière, que le droit à la place ou à la place-à-la-marque « prime » sur les droits de priorités, et ce pendant la durée de ce droit à la place ou à la place-à-la-marque.

  • Section D « autres règles » : les cas particuliers

La section D englobe des situations dans lesquelles la section A peut ne pas s’appliquer, c’est à dire où un bateau, théoriquement prioritaire au titre de la section A, perd momentanément tous ses droits, par exemple :

  • parce qu’il est en train de revenir prendre le départ après être parti « prématurément » (RCV 22);
  • parce que le bateau non prioritaire n’est pas en mesure de se maintenir à l’écart pour une bonne raison : parce qu’il est échoué, chaviré… (RCV 23);

Le schéma suivant résume la finalité de chaque section du chapitre 2 et les règles de chacune d’elle:

Chapitre 2-droits-obligations

Un sport en mouvement : le transfert de priorité

L’étude de la section A du chapitre 2 a abordé la question centrale de priorité, qui est, on l’a vu, une vision statique des liens entre 2 bateaux à un instant t. Or, les bateaux sont en mouvement perpétuel et donc les priorités ne cessent de passer d’un bateau à l’autre au gré de leurs actions réciproques, d’où une question centrale : qui dispose de quel droit pendant la phase de « transfert » de priorité ?

Le schéma suivant donne un exemple de transfert et la réponse offerte par les sections A et B du chapitre 2 :

Transfert de priorité

Rendons à César ce qui lui appartient : c’est à Marc Bouet, et à son excellent livre « Les clés des règles de course 2009-2012 : En 30 situations » que je dois d’avoir exploré cette notion de transfert de priorité et la manière de l’utiliser pour apprécier une situation. Il explique – fort bien – que ce transfert ne se fait pas d’un coup de baguette magique, mais plutôt par un changement progressif des droits par chacun des 2 bateaux. Celui qui devient prioritaire l’est de plus en plus après le changement de situation (une fois qu’il a laissé à l’autre la place de se maintenir à l’écart), et celui qui devient non prioritaire perd progressivement de plus en plus de droits au fur et à mesure que le temps passe.

La structure du chapitre 2 nous guide donc dans la manière d’aborder l’analyse d’une situation donnée, en nous donnant les questions à nous poser pour avancer dans cette analyse:

  • Qui doit se maintenir à l’écart ?
  • Qui doit donner de la place ?
  • Y a-t-il une marque (ou bien un obstacle) et si oui qui a droit à de la place-à-la-marque (ou bien à de la place) ?
  • Une situation spécifique change-t-elle les droits conférés par les sections A à C ?

Dernière mise à jour : 24 mars 2014

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4 commentaires pour Chapitre 2 : comment ça marche?

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